Hier, le vérificateur général du Québec (VG) a rendu public un rapport accablant sur la gestion des contrats informatiques par le gouvernement. En résumé, il constate que c'est le bar ouvert pour les firmes externes, qui touchent pour plus d'un demi-milliard $ pour leur service à chaque année.
Trois grandes firmes se partagent près de la moitié du pactole : CGI, DMR et LGS. Plusieurs contrats n'ont qu'un soumissionnaire. Selon le VG, la libre concurrence ne semble pas jouer dans ce marché.
La Presse rapporte la chose :
Appels d'offres mal préparés, contrats signés pour une somme supérieure à la soumission retenue, facturation à des tarifs plus élevés que ceux prévus au contrat... La gestion des contrats informatiques souffre de nombreuses lacunes, dénonce le vérificateur général du Québec par intérim (VG), Michel Samson. (..,)
L'État québécois recourt aux firmes externes pour ses travaux informatiques beaucoup plus qu'ailleurs. Les travaux dans ce domaine sont réalisés à 55% par des firmes externes, alors que la proportion est de 8 à 35% dans d'autres États ou organismes ailleurs dans le monde. «Il y a une perte d'expertise pour le gouvernement. Il y a un risque de perte de maîtrise d'oeuvre des projets, et là, les coûts risquent d'augmenter par le fait même», a noté M. Samson. -La Presse, 30 novembre 2012Ça vous rappelle quelque chose? Au ministère des Transports, une grande partie l'expertise a été confiée au privé avec les résultats que l'on connaît. Cette situation a été déplorée vivement par par le désormais célèbre rapport Duchesneau.
J'ai déjà évolué dans le milieu de l'informatique gouvernementale. Le rapport du VG ne me surprend pas une miette.
On fait définir les besoins par des firmes, des firmes établissent les devis et réalisent les diverses étapes des projets, le tout sous la supervision de fonctionnaires de moins en moins nombreux qui n'ont comme seuls avis experts que ceux qui viennent des firmes... Ces firmes font plus ou moins toutes affaires entre elles, se confient des mandats en sous-traitance, les experts passent d'une firme à l'autre à un rythme effarant, des fonctionnaires ou cadres gouvernementaux passent au privé et d'un jour à l'autre se retrouvent à négocier avec leurs anciens collègues... Des consultants à 1 000$ par jour font le travail que pourraient faire des employés gouvernementaux pour quatre ou cinq fois moins cher. C'est l'inceste en permanence.
Des firmes qui n'arrivent pas à livrer de produits fonctionnels n'ont jamais à rembourser les sommes reçues. Le plus souvent, elles reçoivent de nouveaux contrats pour réparer leurs produits défectueux. Si ça ne fonctionne pas, la faute est mise sur le client qui aurait mal défini ses besoins... Les extras sont la norme.
Au fédéral, la réalisation de la base de données du registre des armes à feu constitue un exemple parfait de cette incurie. Les bases de données livrées n'ont jamais répondu aux besoins et le gouvernement a fini par payer un extra de 10 millions $ à la firme responsable quand il a mis fin à l’hémorragie. Les contrats signés ne laissaient aucun recours au gouvernement.
C'est imputabilité zéro.
Le résultat : une facture de plus en plus élevée pour les contribuables. Tout ça est bien connu. Pourtant depuis des décennies la réponse des politiciens pour endiguer les coûts est de couper dans la main d'oeuvre en réduisant le personnel dans les ministères. C'est efficace pour convaincre la population que l'on gère de manière responsable et pour gagner des votes. C'est en fait une recette sans faille pour une perte de contrôle des dépenses.

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